Ma fille organisait hier soir une séance d’entraînement pour ses chiens, non loin de là où nous habitons; sur un site d’entraînement pour les unités de secours de l’armée et de la police dont j’ignorais même l’existence. Elle m’a appelée vers 18h pour nous demander si on pouvait les rejoindre, elle m’enverrait sa localisation précise une fois qu’elle arriverait sur place.
Pour être honnête j’étais assez fatiguée mais cette invitation ne se refuse pas. Elles n’auront pas encore dîner et seraient assez contente si on pouvait leur amener quelques choses à manger. Je sais quoi leur prendre, j’ai entendu parler d’un petit resto Lucky Chicken dont les deux propriétaires vont bientôt être rappellés à l’armée je me dis que c’est le moment de les faire travailler. Je passe donc une commande chez eux que je récupérerai sur le chemin.
Vers 19H30, ma fille m’envoie sa localisation, un petit point à 20 minutes de chez nous entre la mer et l’autoroute. Ma maman et ma fille aînée se joignent à l’aventure. Nous suivons les directions du GPS qui nous amène à une plage face à un grand parking et soudain la géolocalisation change ma fille se trouve à Beyrouth. Pas de panique à avoir, la moitié du pays se trouve à Beyrouth depuis le début de la guerre… La géolocalisation est volontairement brouillée par l’armée.
Je l’appelle et elle m’explique comment les retrouver; il n’y a plus de route pour accéder au site du centre d’entraînement, c’est un chemin de terre qui débute à la fin du parking. Après une dizaine de minutes de cafouillage je finis par trouver l’endroit. Un site gigantesque, sans savoir ce que c’est, on pourrait croire à une zone qui a connu récemment un tremblement de terre ou un bombardement.
Je gare ma voiture près des camions de l’armée et de loin on peut voir des soldats sur le site avec des chiens. Ma fille est déjà sur place, elles ont commencé l’entraînement. L’objectif général de la séance est d’acclimater les chiens et leur Maître avec des scènes d’immeubles en démolition; les entraîner à évoluer en sécurité sur des gravats et des enchevêtrements de morceaux de dalles en béton, de ferrailles, de briques et d’autres déchets urbains.
Bien qu’il fasse déjà nuit, il fait encore très chaud et l’air est très humide; la transpiration rend notre peau collante ce qui est bien désagréable dans cet environnement de décombres très poussiéreux.Il fait très sombre, les lampes sur les casques des soldates et les neons lumineux sur les colliers du chiens, sont notre seule lumière. Des chiens très excités qui voient dans ce chantier de démolition un fantastique terrain de jeux.
Notre rôle à nous, en tant que civil, sera de jouer les victimes. Nous serons tantôt cachés sur le site et les chiens devront nous trouver et tantôt à l’extérieur. A l’extérieur, nous devrons respirer dans des tuyaux en plastique, du diamètre d’un tuyau d’arrosage, qui ont été placés profondément sous les décombres et courent jusqu’à l’extérieur du site. Le chien lui est sur le site, très loin de nous et doit renifler notre souffle. C’est incroyable mais ils ont tous réussi cet exercice.
Vers 23H nous les avons quitté, les chiens ont été récompensés par un bain d’eau froide, un baril coupé en deux où sont versés des glaçons pour les rafraichir. Les soldates ont été récompensées par la satisfaction d’avoir fait un très bon entrainement et nous, nous avons été récompensées par le bonheur et la fierté d’avoir pu en faire partie.
ENGLISH
My daughter was organizing a training session for her dogs last night, not far from where we live; on a training site for the army and police rescue units that I didn’t even know existed. She called me around 6pm to ask if we could join them, she would send me her exact location once she got there.
To be honest I was pretty tired but this invitation is not to be refused. They will not have had dinner yet and would be quite happy if we could bring them something to eat. I know what to get them, I heard about a little restaurant Lucky Chicken whose two owners are going to be recalled to the army soon I think it will be nice to give them some business. So I place an order with them that I will pick up on the way.
Around 7:30pm, my daughter sends me her location, a small point 20 minutes from our house between the sea and the highway. My mother and my eldest daughter join the adventure. We follow the directions of the GPS which takes us to a beach in front of a large parking lot and suddenly the geolocation changes, my daughter is in Beirut. No need to panic, half the country has been in Beirut since the start of the war… The geolocation is deliberately blurred by the army.
I call her and she explains to me how to find them; there is no longer a road to access the training center site, it is a dirt road that starts at the end of the parking lot. After about ten minutes of confusion I finally find the place. A gigantic site, without knowing what it is, one could think that it is an area that has recently experienced an earthquake or a bombing.
I park my car near the army trucks and from afar we can see soldiers on the site with dogs. My daughter is already there, they have started training. The general objective of the session is to acclimatize the dogs and their driver with scenes of buildings under demolition; to train them to move safely on rubble and tangles of pieces of concrete slabs, scrap metal, bricks and other urban waste.
Although it is already dark, it is still very hot and the air is very humid; sweat makes our skin sticky which is very unpleasant in this environment of very dusty rubble. It is very dark, the lamps on the helmets of the soldiers and the neon lights on the dog collars are our only light. Very excited dogs who see in this demolition site a fantastic playground.
Our role, as civilians, will be to play the victims. We will sometimes be hidden on the site and the dogs will have to find us and sometimes outside. Outside, we will have to breathe through plastic pipes, the diameter of a garden hose, which have been placed deep under the rubble and run to the outside of the site. The dog is on the site, very far from us and must sniff our breath. It is incredible but they all succeeded in this exercise.
Around 11pm we left them, the dogs were rewarded with a cold water bath, a barrel cut in two where ice cubes are poured to cool them down. The soldiers were rewarded with the satisfaction of having done a very good training and we were rewarded with the happiness and pride of having been able to play a part in it.