Ce sera un post assez personnel mais il représente si bien la folle réalité de ce que nous vivons que j’ai décidé de quand même le publier. Hier soir vers minuit nous sommes donc arrivé aux urgences d’un hôpital au Sud de Tibériade. Ma fille était en tenue civile mais avec son arme à l’épaule. Elle avait beaucoup de difficultés à marcher je l’ai donc déposée juste devant l’entrée des urgences.
Quand j’ai stoppé la voiture pour la laisser descendre, il y a avait tout un groupe de jeunes hommes devant l’entrée qui argumentaient avec les gardes armées de l’hôpital. L’entrée aux urgences leur avait manifestement été refusée et le ton était en train de monter. Les règles sont une personne accompagnatrice par malade et ils étaient plus d’une douzaine à vouloir accompagner leur ami. Ils parlaient fort entres eux et criaient leur mécontentement en arabe.
Quand ma fille est descendue de la voiture, ils se sont tous tus et retournés vers elle comme un seul homme. Ils l’ont dévisagée du regard et ce n’était pas pour ses beaux yeux bleus, mais pour son fusil M4 qu’elle portait en bandoulière. Leur présence bloquait l’entrée des urgences, je la voyais s’avancer lentement vers eux presqu’en boitant et mon soulagement fut immense lorsque l’un des gardes les a poussés pour qu’elle puisse rentrer. Je ne voulais pas que ce soit elle qui ait à le faire.
J’ai ensuite rapidement garé la voiture pour pouvoir la retrouver. Deux doctoresses arabes ce sont tout de suite occupées d’elles, deux jeunes femmes adorables. Après l’avoir auscultée elles ont décidé de l’hospitaliser. Elles l’ont mises dans un lit qui était voisin du jeune homme dont les amis dehors faisaient beaucoup de bruit pour rentrer. Ce jeune homme était bien gardé, deux policiers armés faisaient le guet devant son lit. Il n’était clairement pas là pour une mauvaise grippe mais pour des blessures reçues après un règlement de compte.
La grande majorité des personnes présentes aux urgences était arabe, que des jeunes hommes. Ils étaient tous intrigués par ma fille et son arme. J’ai eu une soudaine angoisse que quelqu’un veuille la lui prendre. L’infirmier, qui a tout de suite compris la situation lui a demandé si elle voulait la donner aux gardes le temps de la perfusion, elle a refusé. Elle a ensuite appelé son commandant pour lui demander ce qu’elle devait faire car le medicament qu’elle était sur le point de recevoir allait la rendre somnolente.
Son commandant, lui ordonna de ne pas quitter son arme de l’épaule et de ne surtout pas la donner à un des gardes, il lui dit pour finir “si tu dois t’endormir dors dessus!! et demande à quelqu’un de te surveiller pendant que tu dors”. Il lui demande qui est avec elle, elle répond ma mère; “Ok, alors demande à ta mère de rester réveillée près de toi et de te surveiller et si elle doit aller aux toilettes qu’elle demande à un des infirmiers de la remplacer 5 minutes”.
Et c’est effectivement ce que j’ai fait, je suis restée réveillée toute la nuit les yeux grand ouvert à scruter chaque personne qui s’avançait dans le couloir où se trouvaient les lits. De temps à autre, je me levais un peu et je marchais autour du lit lorsque que je sentais que le sommeil me guettait. Lorsqu’elle a du aller aux toilettes on l’a faite assoir sur une chaise roulante et on l’a recouverte d’un grande couverture pour que son arme ne soit plus visible. Idem lorsqu’elle est partie faire une radio et cela fut là le seul moment où elle accepta de l’enlever pour me la donner.
A 6H30 du matin ils ont finalement décidé de la monter dans une chambre du service de médecine interne, je me suis sentie soulagée mais une fois dans le service, pas de chance, il n’y avait plus de chambres de libre, son lit est donc resté dans le couloir, mais c’était quand même mieux et plus rassurant qu’aux urgences car personne ne l’a vu arriver avec son fusil qui était cachée sous la couverture, elle n’était donc plus la bête curieuse … Pour finir, un conseil, il vaut mieux éviter de se rendre armé à l’hôpital c’est une grande source de stress .
ENGLISH
This will be a fairly personal post but it represents so well the crazy reality of what we are experiencing that I decided to write it anyway. Yesterday evening around midnight we arrived at the emergency room of a hospital south of Tiberias. My daughter was in civilian clothes but with her gun on her shoulder. She had a lot of difficulty walking so I dropped her off right in front of the emergency room entrance.
When I stopped the car to let her down, there was a whole group of young men in front of the entrance arguing with the armed hospital guards. They had clearly been refused entry to the emergency room and the tone was rising. The rules are one person accompanying each patient and there were more than a dozen who wanted to accompany their friend. They spoke loudly among themselves and shouted their discontent in Arabic.
When my daughter got out of the car they all stopped and turned towards her as one. They stared at her and it wasn’t her beautiful blue eyes they were looking at, but her M4 rifle that she carried across her shoulder. Their presence blocked the entrance to the emergency room, I saw her slowly approaching them, almost limping, and my relief was immense when one of the guards pushed them so that she could enter. I didn’t want her to have to do that herself.
I then quickly parked the car to meet her. Two Arab doctors immediately took care of her, two adorable young women. After examining her, they decided to hospitalize her. They put her in a bed which was next to the young man whose friends outside were making a lot of noise to come in. This young man was well guarded, two armed police officers kept watch in front of his bed. He was clearly not there for a bad flu but for injuries sustained after a rixe.
The vast majority of people in the emergency room were Arab, mostly young men. They were all intrigued by my daughter and her gun. I had a sudden anxiety that someone wanted to take it from her. Even the nurse noticed that and asked her if she wanted to give it to the guards during her time here, she refused. She then called her commander to ask him what she should do because the medication she was about to receive was going to make her drowsy.
His commander orders her not to take her weapon off her shoulder, especially not to give it to one of the guards, he finally tells her if you have to fall asleep, sleep on it!! and ask someone to watch you during the time you sleep. He asks her who is with her, she answers my mother; “Okay, so ask your mother to stay awake next to you and watch you and if she has to go to the bathroom, she should ask one of the nurses to take her place for 5 minutes.”
And that’s actually what I did, I stayed awake all night with my eyes wide open, scrutinizing each person who walked down the corridor where the beds were. From time to time, I got up a little and walked around the bed when I felt that I was about to fall asleep. When she had to go to the bathroom, she had her sit on a wheelchair and covered her with a large blanket so that her gun was no longer visible. Same thing when she went to get an x-ray and that was the only time she agreed to take it off to give it to me.
At 6:30 a.m. they finally decided to take her to a room in the internal medicine department, I felt relieved but once in the department, no luck, there were no more rooms available, her bed stayed in the corridor, but it was still better and more reassuring than in the emergency room because no one saw her arrive with her weapon which was hidden under the blanket, so she was no longer the curious beast… Finally, some advice: avoid going to the hospital armed, it is an enormous source of stress.
Belle histoire d’amour.